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26 février 2008

Pour les femmes qui se cherchent...

Si l’on exclut la période du romantisme, il y a déjà bien longtemps que les parents, puis la société dans son ensemble, exigent des mâles qu’ils soient des hommes, et des femelles qu’elles soient des femmes. Les critères sociaux sont étranges et fluctuants : un homme ne doit pas pleurer, peut avoir plusieurs femmes, et doit rapporter le fruit de son travail au foyer. La femme est généralement pleurnicharde, elle doit faire et élever les enfants que lui donnent son époux, et attendre ce dernier en se faisant belle, dans le but de le contenter. Même à notre époque, cette description n’a rien de caricaturale.

 Pourtant, il est possible d’observer, depuis quelques années, une lente modification de cette réalité. Faisant fi de la pression sociale, les femmes ont adopté le pantalon et raccourci leurs cheveux, et les hommes cherchent davantage à soigner leur esthétique, jusqu'à fréquenter les salons de beauté. Peut-on dire pour autant que les femmes ne sont plus des femmes et que les hommes deviennent féminins ? Quels sont donc les critères de la féminité ?

I.  LES CRITERES SOCIAUX DE LA FEMINITE

 Mis à part quelques systèmes sociaux basés sur le matriarcat, l’homme a toujours imposé sa loi et ses exigences à la moitié féminine de la population. Les exemples les plus marquants sont nombreux dans les pays de fanatisme islamique. En Occident cependant, dans nos pays dits de liberté, la pression sociale n’en continue pas moins de faire des ravages. Mais les femmes ont su parfois amplifier ces exigences, et les utiliser à leur profit.

1)  Sois belle et tais-toi

 Un simple regard sur les production artistiques (affiches de publicité, de cinéma, photographies, peinture), montre à travers les siècles l’extrême diversité des critères de la beauté féminine. Des rondeurs cellulitiques, symboles de fertilité, à la maigreur androgyne, des corsets étouffants à l’épanouissement des formes, il suffirait de choisir son siècle, voir son ½ siècle, en fonction de ses goûts et de ses envies. A l’époque actuelle de la minceur et du gigantisme, il n’est pas demandé davantage aux femmes que de suivre la mode et de se couler dans le moule changeant de l’esthétisme, prometteur, semble-t-il, du plus grand des bonheurs.

 La femme se transforme ainsi en poupée, coincée dans des vêtements qui entravent la circulation et les mouvements, tartinée de crème et de fonds de teint, cachant soigneusement les moindres aspérités de la peau, les premiers signes de l’âge, pour paraître toujours plus jeune, toujours plus belle.

 Selon un piège parfaitement au point, et ancré dans l’inconscient collectif, chaque mère ne peut qu’apprendre à sa fille à se soumettre à cette loi sociale de l’apparence. Elle voudrait pourtant bien que celle-ci ne grandisse pas trop vite. Mais il arrive aussi souvent que la fille prenne les devants, capte le message de la beauté artificielle, du moule social, et de l’obligation de plaire afin de ne pas rester célibataire, tare de la société. Elle est alors vite emportée par la vague déferlante du regarde des autres.

2)  Les outils de séduction

 Pour obéir à ce mouvement, elle va devoir comprendre comment utiliser les outils de séduction qu’il lui faudra mettre en place, les rajoutant à ses outils précédents, ceux issus de son enfance. L’objectif n’est plus maintenant de plaire à papa et à maman, mais de plaire à l’homme.

 A grand renfort de publicité, l’industrie cosmétologique va se charger de faire l’éducation de la jeune fille, complétant et amplifiant parfois le message généalogique. Un gros budget est à prévoir pour s’enduire de crèmes anti- quelque chose, s’asperger de déodorant pour éviter que la nature fasse son travail, se peindre le visage pour paraître ce que l’on n’est pas - et surtout ne pas paraître ce que l’on est - , se teindre les cheveux pour corriger encore ce que la nature fait décidément si mal.

 Il semble donc indispensable de donner à son corps de nombreux produits chimiques, rassuré à l’idée que ceux-ci aient été « testés dermatologiquement par un laboratoire qualifié », selon une formule bien connue. Le derme en question n’est autre que la muqueuse anale ou les yeux des chats, appelés pudiquement « animaux de laboratoire ». Ces laboratoires sont subventionnés par les gouvernements, afin que les femmes puissent continuer à paraître, les dermatologues, gynécologues et cancérologues à travailler.

 Mais à part les chats qui, eux, ne le sont pas, les femmes sont bien souvent des victimes consentantes. Cependant, elles peuvent aussi devenir des bourreaux des cœurs. Les grandes séductrices ne sont pas rares, qui savent parfaitement utiliser leurs outils de séduction, véritables pièges à hommes. Le jeu se retourne contre ceux qui les voulaient belles et silencieuses. Elles ne disent pas un mot, sauf sur une scène quelconque, et ils tombent comme des mouches.

 Il arrive aussi qu’elles soient belles et cultivées. Elles sont alors réservées à la société mondaine dans laquelle elles apprennent à se mouvoir avec finesse et subtilité, alliant beauté, adresse, et intelligence féminine. Sont-elles heureuses pour autant ?

 La recherche de la beauté est bien une caractéristique de la féminité. Mais, nous venons de le voir, encore faut-il s’entendre sur la définition de ce terme. Il ne peut s’agir d’une beauté artificielle, d’un esthétisme aux variations saisonnières. Il existe immanquablement des caractères universels et beaucoup plus profonds de la féminité qu’il nous faut étudier maintenant, à partir de deux grandes idéologies.

II.  LES CARACTERISTIQUES DU YIN

 Doctrines ou religions, orientales ou occidentales, permettent sans aucun doute une approche de la féminité et de sa réalité profonde, symbolique. L’esthétisme, illusoire et éphémère, est alors ramené à sa juste place de manifestation de la beauté intérieure.

1)  A travers le TAO

 Le Taï Ki est le cercle de l’Unité et figure le Tao, la Voie. Le Yin et le Yang s’y confondent et s’engendrent mutuellement dans un mouvement circulaire perpétuel.

 Transposé à l’être humain, le Yang est l’aspect paternel, la méthode, la justice, la sévérité . Il est mouvement vers l’extérieur.

 Le Yin est l’aspect maternel, l’indulgence, l’intelligence du cœur, la passivité, la douceur, la gentillesse. Il est intériorité - mouvement vers l’intérieur -, et concentration.

 L’alternance du Yin et du Yang régit tous les changements dans le monde manifesté. Tous les rythmes cosmiques, humains, physiques et psychologiques, régissent la vie de l’homme. En conséquence, chaque être humain passe cycliquement sous l’influence du Yin et sous celle du Yang, selon le rythme des saisons, celui des jours, de la lune et du soleil, alternant des périodes d’intériorisation et d’expansion, de tristesse et de joie, de quiétude et d’excitation, de repos et de travail...

 Mais plus encore que l’alternance, chacun de nous contient, comme le cercle de l’Unité , le Yin et le Yang. Il serait difficile de concevoir la sévérité sans l’indulgence, la passivité sans le mouvement, une extériorisation permanente sans un temps de ressourcement. Si le rythme est nécessaire, chaque principe modère son opposé dans une danse parfaite, consacrant à la fois l’union et la distinction. Il y a donc équilibre dans le rapport idéal des deux principes.

 Mais cet idéal est rarement atteint dans un individu. Nos sociétés admettent qu’un homme soit belliqueux et qu’une femme pleure, confondant le rapport Yin/Yang, et celui de bourreau/victime. Pour ne pas pleurer, le jeune garçon doit renfermer des émotions de tristesse et de peur au plus profond de son inconscient. Une jeune fille apprend à contraindre son corps par des attitudes peu naturelles et bannies des kinésithérapeutes (port des talons hauts, jambes croisées..), enfermant sa spontanéité et ses émotions de colère, d’agressivité ou de rancune aussi profondément que possible.

Les textes hébraïques nous donnent un autre éclairage pour permettre d’approcher davantage la véritable nature féminine.

2)  A travers la Tradition (A. de Souzenelles)

 Adam, androgyne, contient en lui les principes mâle et femelle. S’il a conscience du premier, qui est lumière, partie accomplie de son être, il ne décèle pas l’autre côté (et non l’autre côte), sa zone d’ombre, riche d’un énorme potentiel. Ce « non encore accompli » demande à être découvert et apprivoisé. Ce sont ses animaux intérieurs qu’il lui faut nommer et retourner, son inconscient à explorer, les ténèbres de son être à sonder. Cette zone obscure est sa partie féminine . Mais il choisit de ne pas faire le travail, il ne reconnaît pas son aspect féminin, et préfère manger la pomme de l’Arbre de la Connaissance. Il se croit alors totalement accompli. Il se confond maintenant avec ses animaux intérieurs et hurle avec eux son désespoir et son abandon.

 Il ne peut plus unir ses côtés mâle et femelle dans des Epousailles divines, ni faire croître le Germe du Nom divin en gestation dans les profondeurs de son être, car il n’a pas fait œuvre mâle en travaillant sa terre intérieure, sa partie féminine. Il se démet de sa vocation de maternité pour en conférer l’opération extérieure à Eve. La dualité en tant qu’opposition est née et, avec elle, la recherche permanente de l’autre moitié à l’extérieur de son être.

 La Adamah est donc devenue Lilith, furieuse de n’avoir pas été reconnue, puis Eve, la femme biologique, qui reste néanmoins la femme lunaire, mystérieuse, aux pouvoirs obscurs. La nuit, l’obscurité et les forces de l’ombre ont toujours fascinées la race humaine, et les hommes plus encore qui continuent jusqu'à aujourd’hui de rejeter leur part féminine.

 Peu à peu, pourtant, la pression lente et patiente des femmes leur ouvre les portes de leur inconscient. Elles sont plus aptes qu’eux à faire le travail de cette recherche de la Source originelle car elles se sont peut-être moins éloignées de leur intuition et de leur intériorité. En chacun de nous, hommes et femmes, subsistent la tendresse, la gentillesse, la douceur, la paix et le repos, tous ces animaux intérieurs qui souffrent de n’être pas reconnus et se transforment en brutalité, rigidité, stress, maladies de l’âme et du corps. L’intelligence du cœur, de notre cœur, ne demande qu’à s’ouvrir, le féminin en nous ne demande qu’à s’exprimer. Un créateur de mode a perçu cette réalité et tenté de féminiser l’homme. Une majorité de femmes souhaitent de leur partenaire davantage de tendresse, de gentillesse, de qualités féminines. Est-ce que l’habit fera le moine, ou bien n’est-ce là encore que façade ?  
Accoucher du féminin consiste donc à explorer les moindres recoins de notre inconscient , à nettoyer toutes les zones d’ombre, à les accomplir pour y faire pénétrer la lumière. A ce moment-là pourra se faire le mariage intérieur entre les deux pôles, le parfait équilibre entre le Yin et le Yang, l’Union sacrée des opposés. Il est possible que cet équilibre nous fasse retourner à l’androgynie originelle, celle de l’âme, tout en s’exprimant dans le monde manifesté selon des spécificités propres à chacun, en dehors de tout critère social.

Posté par penseeslibres à 21:30 - Unification des Aspects - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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